Le Rapt Invisible

À propos

Pour nous, l’art peut être une expérience du sacré, l’irruption de la transcendance dans la chair du sensible. L’expérience de la beauté est indicible quand elle a lieu, car la beauté submerge. La beauté ravit. Elle nous ravit à nous-mêmes. Cette submersion et ce rapt nous arrachent à cette terre où nous sommes un « je » avec des concepts, des idées, des intérêts particuliers, des valeurs. Un rapt est imprévisible, court et violent, semblablement à l’émotion mystique ou artistique. Comme dans la prière, l’individu en nous s’éclipse pour rejoindre le fond(s) originaire de notre appartenance à ce que nous contemplons. Cette expérience spirituelle est celle de la joie pure. Une joie sans objet, déliée, absolue, qui n’est pas un sentiment car un sentiment est l’apanage d’un sujet. C’est l’éclatement dans l’Un, dit aussi Invisible, Lumière, Silence, Ouvert, Vide… Ces moments extatiques sont les cailloux blancs de la vie, car, curieusement, c’est là – alors qu’il était dissous en tant que sujet – que l’homme pense s’être le mieux « réalisé ». Cette joie est sa réalité natale. Pour nous, l’art a pour vocation de la lui faire retrouver. Nous avons la volonté de proposer des moments à haute densité métaphysique et spirituelle, où la beauté conduit dans une autre dimension, universelle et essentielle, hors du monde humain et des ses passions.

BIOGRAPHIE

Projet musical fondé par le baryton Romain Dayez, Le Rapt Invisible est une recherche autour de laquelle gravitent des créateurs de tous horizons : le réalisateur Victor Toussaint, le chorégraphe Ghislain Grellier, l’artiste peintre Caroline Chariot-Dayez et le styliste Morgan Remy. Cette recherche autour du sacré, saluée à l’unanimité par la Réunion des Opéras de France, dans le cadre de laquelle ont été conçus des concerts, performances ou ballets, mène le rapt à la Cathédrale de Bruxelles, la Cité de la Musique, la Biennale de Venise, le Couvent des Jacobins de Toulouse, le Silencio, la Patinoire Royale, le Festival Musiq3, la Cité de la Voix de Vézelay… Après  le dernier projet en date, Cupio Dissolvi, associant grégorien et électronique avec les compositeurs Baptiste Lagrave et Fabre Guin, Romain Dayez se tourne cette fois vers un manuscrit presque inédit de Hildegard von Bingen et crée, en duo avec le compositeur Jean-Paul Dessy, Ad Lucem, pour voix, violoncelle et électronique. Le Rapt Invisible est encadré par les agences Artmedeo et Anteprima Productions.

APPROCHE ARTISTIQUE

Le Rapt Invisible présente des répertoires vocaux sacrés anciens, en propose des interprétations librement inspirées de musiques traditionnelles, minimalistes ou de film, et y associe régulièrement des créations contemporaines, électroniques ou improvisées. Très axé sur la pluridisciplinarité de l’art, Le Rapt Invisible agit souvent dans le cadre d’échanges avec des plasticiens et chorégraphes. Il imagine deux moyens de concrétiser son action : d’une part en créant des spectacles de toutes pièces, d’autre part en s’associant à diverses manifestations et en proposant des performances « sur mesure », adaptée à chaque lieu et contexte (vernissage, inauguration, commémoration, lancement). Les arts et la spiritualité n’ont ni limite ni frontière. Par notre démarche d’effacement du périmètre d’usage, nous tentons de provoquer une sorte de ravissement transcendant et de confronter un public éclectique et sensible à un mode de création et de diffusion qui ne s’oppose en rien aux esthétiques jusqu’ici proposées, mais qui, à force d’allers et retours incessants entre les formes d’expression les plus ancestrales et les plus actuelles, leur donne à chacune une nouvelle force et perceptibilité.

Nos deux autres clips Velum templi et Lux aeterna sont accessibles dans l’onglet « médias ».

COMPLÉMENT D’INFORMATION

Même s’il a pour axe central des textes sacrés, Le Rapt Invisible n’est pas missionnaire ou « religieux » au premier sens du terme. Il nous semble également important de préciser que Le Rapt Invisible repose sur ces trois concepts philosophiques.

LA MYSTIQUE SAUVAGE de Michel Hulin

L’expérience mystique fait l’objet d’appréciations contradictoires : certains théologiens la considèrent comme l’unique voie d’accès possible au transcendant, d’autres la réduisent à des phénomènes hallucinatoires ou même à des formes de délire relevant de la psychiatrie. Mais de nombreuses personnes ont connu des extases comparables à celles décrites par des auteurs religieux. L’auteur les nomme des mystiques sauvages, en ce sens que leur expérience, spontanée ou provoquée, ne s’inscrit dans aucun cadre religieux défini.

LE SENTIMENT OCÉANIQUE de Romain Rolland

Le sentiment océanique est une notion psychologique et/ou spirituelle qui se rapporte à l’impression ou à la volonté de se ressentir en unité avec quelque chose sans frontière, sans borne perceptible, avec ce qui est « plus grand que soi », avec le Grand Tout, avec l’univers, (sub specie æternitatis) parfois hors de toute croyance religieuse. Il s’agit d’une sensation, d’une expérience impliquant à la fois le corps et l’esprit, une attraction vers l’infini, une aspiration vers l’illimité, un élan vital.

L’EFFROI DU BEAU de Jean-Louis Chrétien

« Le beau ne nous laisse pas indemnes et la joie qu’elle fait naître en nous peut être ressentie comme une forme de blessure. Ce qui nous saisit reste insaisissable et l’est d’autant plus qu’il s’approche. Le sublime nous éprouve, et cette épreuve décide de tout. La beauté qui se suffit pourtant nous appelle, et nous impose, sans esquive possible, la charge de lui répondre et de lui correspondre. Cette réponse ne saurait résider dans le jugement esthétique, elle peut seulement être l’acte de louer. L’insupportable du beau ne peut être porté que par le chant, un chant qui devienne existence. »

Nous aspirons donc à l’idée selon laquelle spiritualité et transcendance sont accessibles par d’autres biais que le religieux et tenons à rappeler notre mission d’effacement des frontières du mystique et de son encadrement par une institution religieuse particulière. Certaines personnes se méfient des concepts sus-mentionnés, mais il nous semble important de les mentionner tant ils sont les piliers de notre projet. Même s’il est évident qu’il y a énormément de points de convergence entre notre création et la foi religieuse, que notre quête est uniquement spirituelle, nous désirons faire en sorte que les chants sacrés puissent sortir d’un cadre liturgique et rituel, et que notre création artistique soit indépendante de l’Église. Nous espérons que ces brefs extraits explicatifs permettront de comprendre ce que nous cherchons à faire naître dans le coeur de chacune des personnes présentes à nos performances : l’expérience de Dieu pour certains, la sensation de l’éternel pour d’autres, la sensation de ne faire qu’un, d’être en union avec l’univers, avec ce qui est plus grand que nous.